On vit dans un monde de merde.
On trouve dans les rues des gens qui, bien que salariés, n’ont pas les moyens d’accéder à un logement. On trouve dans les rues des gens qui, bien que salariés, n’ont pas les moyens d’accéder à un repas.
A l’issue d’une lutte médiatique mémorable(nan, je déconne), les Don Quichotte ont réussi à tirer des griffes rapines des instances gouvernementales un joyau de la protection des droits sociaux élémentaires : le droit opposable au logement. Quand j’ai entendu ça, à l’époque, je ne maitrisais pas très bien en quoi cela consistait concrètement, mais « droit », et « opposable » résonnaient suffisamment bien à mon oreille socialisante pour considérer ce nouveau droit comme un vrai progrès social.
En fait, jusqu’à tout à l’heure, je ne maitrisais pas vraiment le truc. Et là, sur ce sujet droit opposable au logement, j’ai lu un billet de maître Eolas, une sommité dans la vulgarisation des méandres théoriques du droit. Après la lecture du billet, je ne maitrise toujours pas vraiment le truc, mais je vois mieux les contours de l’arnaque que ça représente.
Concrètement, ce que j’en retire?
-Dites, monsieur le maire, j’ai froid, je bosse, hein, mais j’ai beau chercher, impossible pour moi de trouver un logement. Et pourtant, j’en ai rempli des dossier pour des appartements. Mais, je bosse dans le privé, chuis pas fonctionnaire, quoi. Et pis, y se trouve que mon teint hâlé, je l’ai toute l’année, et pas seulement après les vacances d’hiver et les vacances d’été. Je dis pas que c’est ça qui m’empêche de trouver un toit, hein. Mais, punaise, tout de même…. Bref, je me disais…En tant que représentant de l’Etat, vous pourriez pas m’en trouver un, siouplé ?
-Hmmm… Je comprends votre émoi, votre embarras, et sachez que je partage votre peine. Malheureusement, je ne peux rien faire, si ce n’est vous orienter vers les hébergements d’urgence, ou vers les services sociaux idoines. Parce que concrètement, votre situation, je m’en tape l’œil à la cuillère, mais ça, je peux pas vous le dire.
-Mais, monsieur, c’est que…Vous savez, maintenant, y’a le droit opposable au logement. Vous êtes obligés de prendre ma situation en compte, tout de même.
-Oui, oui. Vous avez raison. Le droit opposable au logement est une vraie avancée en terme de droits sociaux. Soyez assuré que je prends votre situation en compte. Mais, concrètement, votre situation, je m’en tape l’œil à la cuillère, et ça, je peux pas vous le dire…
Le droit opposable, c’est une telle révolution, une telle promesse de soutien à ceux qui ne peuvent se loger. Le contexte actuel de crise alimentaire mondial se matérialise, en France, sous la forme de difficultés pour les gens à se nourrir. Pire, les organisations permettant un accès à une aide alimentaire connaissent elles-mêmes des difficultés.
La Croix-Rouge en vient donc à demander que soit érigé un droit opposable à l’alimentation.
Le « droit opposable », c’est joli comme expression. On a l’impression que c’est une avancée incroyable, pour laquelle de nombreux révolutionnaires ont dû abreuver de leur sang pur le sillon entêté des gouvernances repues et frivoles.
Bein… Peut-être. Mais, soit. Le droit opposable, c’est que dalle.
Alors, tant qu’à faire, moi, je propose que nous puissions tous opposer à l’Etat notre droit au bonheur.
« Le droit au bonheur est un droit fondamental ; il s’exerce dans le cadre des lois qui le régissent.
L’exercice de ce droit implique la liberté de choix pour toute personne de son niveau de vie, grâce au maintien et au développement de dispositions, ouvertes à toutes les catégories sociales. permettant la satisfaction de ses besoins physiologiques, de sécurité, de reconnaissance et d’appartenance sociale, d’estime et d »autoréalisation » (librement inspiré de l’extrait de l’article de loi n°89-462 du 6 juillet 1989)