Jean-Pierre Coffe fait de la pub pour Leader Price. Et ça me dérange. C’est normal?

Quelques grammes de sagesse dans un chaudron de bêtises.

Je vous propose une pincée de pensées sages et quelques graines de bon sens :

Ma grand-mère, cuisinière en maison bourgeoise pendant la guerre, disait : « Avec rien, évidemment on ne peut rien faire, mais avec peu, il est possible de faire quelque chose et même quelque chose de pas mauvais du tout »

Ces conditions difficiles [liées à la crise mondiale] doivent nous imposer des changements dans nos habitudes alimentaires, notre manière de cuisiner, choisir nos menus et notre façon d’acheter. Il ne s’agit pas d’acheter moins cher les mêmes quantités, mais de tenir compte de notions élémentaires de nécessité vitale de calories et de vitamines,(…)

Dans cet avenir sombre, l’industrie agroalimentaire joue un rôle.

  • Doit-elle profiter de la crise pour faire de la pédagogie et apprendre au consommateur à mieux consommer et plus justement ?Oui
  • Pourrait-elle, à cette occasion, éliminer ces trop-plein d’emballages qui encombrent les poubelles et provoquent une augmentation de prix du produit fini ?Oui

Pardonnez mon pessimisme.

Jean-Pierre Coffe (Image volée sur le site http://www.jeanpierrecoffe.com)

Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Jean-Pierre Offe, sur son site. Et, si Coffe le dit, c’est que c’est vrai.

Jean-Pierre Coffe, c’est celui qui…

Parce que Jean-Pierre Coffe, c’est celui qui n’hésite pas à dire que les lardons sous vide achetés en grande surface, c’est de la mêêêrdeu.

Jean-Pierre Coffe, c’est celui qui rougit de fureur quand on lui dit que le rosé californien, 50% rouge 50% blanc, est plus facile à boire que le rosé bourguignon. C’est celui que l’on aimait entendre déclamer une ôde aux produits de nos terroirs.

Jean-Pierre Coffe, c’est celui qui nous assure que cela vaut la peine d’exiger de notre boucher le meilleur du filet mignon, parce que cela ne sert à vouloir faire de la bonne cuisine, si l’on accepte de de cuisiner avec de la mêêêrdeu.

Jean-Pierre Coffe nous apprend que dépenser c'est dépassé, et qu'il faut aller chez Leader Price

Jean-Pierre Coffe, c’est aussi, bien évidemment, celui que l’on voit depuis quelques temps déjà sur les encarts publicitaires de la chaine de magasin « hard-discount » Leader Price.

Les slogans « Dépenser c’est dépassé… allez chez Leader Price », Il ne faut plus « payer n’importe quoi à n’importe quel prix » accompagnent la photo toute en bonhommie de celui à qui on aurait confié notre liste de course les yeux fermés. Leder Price souhaite nous donner « le goût de vivre  (moins cher) »

Il se trouve que Leader Price, qui fait partie du groupe Casino, offre plus que les autres enseignes des produits de marque nationale. A la différence des autres hard-discouters, quand on entre à Leader Price, on sait que l’on y trouvera notre marque préférée de pâte chocolatée à tartinée, notre soda à la recette secrète tellement rafraichissante, et nos yaourts tellement plus crémeux que les autres.

Les hard-discounts? C’est de la merde!

Donc, à vue de nez, je préfèrerais entrer dans un Leader Price que dans un Aldi, ou un ED, pour le simple confort de ne pas être dépaysé dans ma quête de produits de qualité. Sauf que:

  1. Le dépaysement est forcément là, puisque la mise en rayon est une option que ne prennent pas les discounters alimentaires, Leader Price comme les autres. Cela ne me gêne pas, si cela fait baisser les prix.
  2. Il ne faut pas généraliser en disant que les produits de consommation courante que l’on trouve chez les hard-discounters sont de moindre qualité, ce n’est tout simplement pas toujours vrai. Pour preuve, je vous laisse le soin de vous référer au  numéro de Que Choisir qui montre que les lessives Aldi se démerdent plutôt très bien face aux grosses références du secteur.

Pourquoi donc, alors, suis-je en train de m’offusquer de la présence de Jean-Pierre Coffe sur ces affiches?

Si Zidane me conseille d’acheter des chaussettes vertes, j’achèterai des chaussettes vertes

Zinedine Zidane : J'adore vous faire gagner (avec Leader Price)

Est-ce que cela m’a choqué de voir Zidane me promettre de me faire gagner, avec Leader Price? Non.

Est-ce que cela m’a ému aux larmes de savoir que Ronadlinho mettait ses talents au service d’un travail d’équipe centré sur le café, avec Leader Price? Non.

Pourquoi, donc, y’a-t-il un problème avec Jean-Pierre Coffe?

Comme Zidane et Ronaldinho, Jean-Pierre Coffe a une famille à nourrir, des charges à payer, une voiture qui tombe en panne, et des vacances à prendre.

La réponse est évidente : ni Zidane, ni Rnaldinho ne sont des « références » en gastronomie. Jean-Pierre Coffe, si.

Si Zidane me conseille d’acheter des chaussettes vertes, sans réflechir, j’achèterai des chaussettes vertes.

Si Ronaldinho me conseille un orthodontiste,…, sans réflechir, bon, j’y réflechirai, mais là n’est pas la question.

Jean-Pierre Coffe, dites quelque chose!

Jean-Pierre Coffe s’est érigé une image de vaillant défenseur des valeurs ecolo-biolo-hédonisto-traditionnelles tout au long des années.

Certes, il était prudent de n’écouter ce discours qu’à doses homéopathiques, surtout dans les derniers temps de son émission « Ca se bouffe pas, ça se mange » sur France Inter. N’empêche, il nous donnait la force de nous battre contre la tentation de passer tout nos repas au MacDonald.

J’ai cherché, et recherché un commentaire qu’aurait pu faire Jean-Pierre Coffe pour expliquer son choix, voire sa prise de position. Je n’en ai pas trouvé. Par contre, des boulets rouges sur cet acte choquants, la plupart du temps assez mal formulés, et carréments grossiers, ça oui, j’en ai trouvé.

Alors, je me dis que c’est peut-être parce que cet engagement publicitaire ne lui parait pas questionnable, qu’il coule de source, au regard des déclarations dont j’ai cité des extraits en début d’articles.

C’est même ce qui me fait peur : je crains qu’il ne pense sincèrement être en phase avec ses convictions en engageant son image publique de la sorte.

Leader Price : +1 0

Jean-Pierre Coffe: 0 -1

Ce score que j’attribue de façon complètement arbitraire n’est pas définitif. J’attends, avec impatience, que le principal intéressé réponde à ces questions qui me brûlent les lèvres à chaque fois que je vois cette affiche :

  • Monsieur Coffe, c’est bien vous sur la photo?
  • Monsieur Coffe, n’avez-vous pas l’impression de renier vos convictions en participant à cette campagne publicitaire?
  • Monsieur Coffe, pensez-vous vraiment que le nouvel élan « Bio pour tous » de Leader Price justifie l’association de votre image à la leur?

Monsieur Coffe, dites quelque-chose!